mercredi 14 juillet 2010

D'heureux tours a Chiang Mai

Nous voila de retour a Chiang Mai. Une bonne grosse nuit de sommeil pour nous remettre des emotions elephantesques, puis on loue une petrolette chez Mister Beer (drole de nom pour un loueur de scooter !) Notre premiere destination, c'est la ferme aux serpents. On y voit de nombreux serpents en cage : cobras noirs ou blanc albinos, cobra royal, plein de pythons, couleuvres et autres viperes. A un moment, un serpent dont la peau etait particulierement luisante nous suivait du regard derriere sa cage. Un coup a droite, un coup a gauche, c'est assez rigolo jusqu'a ce qu'il bondisse en un eclair dans notre direction.

Heureusement bloque par la cage, sa gueule reste grande ouverte coincee au grillage pendant un moment. Drole de sensation pour nous, un peu effrayes. On pense que le serpent dvait etre tres sensible apres une mue. Du coup, pour le show, on n'est pas tres sereins, mais evidemment tout se passe a merveille : le charmeur de cobras apaise ses monstres en leur mettant la main sur la tete. On peut prendre le grand python sur nos paules, les couleuvres eparpillees dans la salle font leur effet. Terrible : l'entree en scene du serpent sauteur. Le dresseur ouvre la boite et la bete bondit dans le public qui bondit a son tour pour s'eloigner a toute allure...du morceau de corde jete par le dresseur. Ca marche vraiment bien : sur le coup, j'ai meme vu des figures sur le dos d'un serpent couleur sable ! La ferme possede aussi une section oiseaux. On y voit des aigles, des faisans aux plumes des trois couleurs primaires, et surtout des menates, alias oiseux qui parlent. Ils nous saluent de "good morning" ou "sawatdikrap", bonjour en thailandais. La premiere fois, on se demande reellement qui nous adresse la parole !

L'apres midi avance, et dans la belle lumiere de fin de journee, on part en petrolette sur une boucle d'environ 50 km dans les montagnes. On apercoit les elephants d'un camp de dressage, mais surtout on se regale de paysages magnifiques : montagnes couvertes de jungle a perte de vue. Sur le retour, on s'arrete a un petit marche pour manger des fruits. On prend un dragonfruit, joli fruit rose avc des excroissances vertes. L'interieur est rose ou blanc, toujours avec de petites graines noires inombrables mais qui n'entachent en rien son gout et sa consistence : le rafraichissement par excellence. L'autre fruit que l'on achete, c'est enfin le legendaire durian. C'est le roi des fruits. Il parait meme que ce qu'aurait donne Eve a Adam, c'est du durian, pas une pomme. Il est enorme, et protege de piquants. Le vendeur prend un gant de macon pour le manipuler. Il en sort 5 gousses mangeables qui entourent chacune un noyau. On a de la chance, ces fruits la ne puent pas trop, et c'est plus facile d'essayer. On ne regrette pas : c'est un delice doux, sucre, fondant, tres nourrissant. Un seul regret : n'en avoir mange qu'une fois !

Le soir, Nicolas et Phanida nous emmenent au Riverside. C'est un bar au bord de la riviere (!) fonde il y a trente ans par un hollandais. La petite gargotte est devenu un bar branche, ou les serveuses ont une tenue des plus courtes. Nous, on est la pour la musique : deux guitariste sur la scene face a notre table. On mange, on discute un peu, mais surtout on ecoute. A un moment, Nicolas demande au guitariste de jouer des morceaux thai. On a droit a des morceaux traditionnels, et a un blues compose par le roi de Thailande, qui a quand meme joue de la trompette avec Duke Ellington. C'est un moment fantastique, d'autant plus que l'on deguste nos desserts : bananes cuites dans un bol de lait de coco. A se damner.

La journee immense n'est pas finie, puisque Magali et moi allons encore au Night Bazaar, le marche nocturne de Chiang Mai. C'aurait ete tres dispensable (on preferait les souvenirs-bricoles de Pai) si nous n'avions eu besoin de trouver un cadeau pour Quentin, dont l'anniversaire approche. On a trouve, mais on ne vous dit pas, parce qu'on n'est pas surs qu'il ait deja recu le colis.
Notre derniere journee a Chiang Mai a ete consacree aux ultimes demarches : aller a la librairie pour chercher le Petit Prince pour Tata (on dit pas si on a trouve, parce qu'on n'est pas surs qu'elle ait recu le colis), puis aller a la poste. On en profite pour visiter encore un temple (tres joli, toussa toussa). On rentre pour prendre une douche et dire au revoir a Phanida, qui s'envole ce soir pour l'Afrique du Sud, car elle a gagne une place pour la demi finale Allemagne-Espagne. Ensuite, on va se faire masser. Le massage traditionnel thai est une benediction. Pendant une heure, les masseuses appuient sur les points cles de nos muscles des jambes, des bras, du dos, des mains, de la nuque. Elles nous font aussi quelques etirements. L'effet est stupefiant : on ressort completement gagas ! Nous sommes tout juste capables de deambuler dans les rues pour trouver un petit restau birman. On se regale, et puis gros dodo.

Notre dernier jour a Chiang Mai, Nicolas nous emmene manger du jaret de porc a volonte. On se casse le bide comme des rois, ce sera parfait pour siester pendant le trajet. Avant de nous conduire au bus, Nicolas nous mene a un temple bouddhiste a l'ecart de la ville, loin du kitsch du centre. On le visite au pas de course, mais le lieu respire la tranquilite, entoure d'un petit bois paisible. On traverse des galeries souterraines ou l'encens fume devant les bouddhas. Lieu etrange, qu'il nous faudra sans doute revisiter plus calmement la prochaine fois.

lundi 12 juillet 2010

Pas de papayes a Pai

C'est dans le pick-up amenage de Guy que nous partons pour Pai (prononcer "paille", car il y a un trema que je ne sais pas noter). Guy vit en Thailande depuis 23 ans. Il y a trouve une jolie vallee et organise la descente en rafting. Aujourd'hui, il remonte de Chiang Mai avec nous et un jeune couple de touristes francais : Celine et Karim. La route qui mene a Pai n'et pas tres longue, 2oo km, mais tourne beaucoup : plus de 700 virages. Meme pour un ardechois, ce n'est pas rien. Magali et moi sommes heureux d'etre a l'arriere, sur les banquettes amenagees, proteges du soleil par un toit sureleve, a respirer le bon air, et aprecier la fraicheur qui tombe pendant que nous montons.

Pai est une petite ville a deux visages : un cote local, avec le marchede l'apres-midi, ou les mamitas et autres papitos vendent des fruits, legumes, poissons, epices... Mais pas de papayes ! Et un cote touristique, avec son centre ou pululent les guesthouses, restaurants et tours operateurs. La compagnie de Guy, la Thai Adventure, a quand meme trois bureaux differents. Heureusement, les bungalows ou il nous loge sont de l'autre cote du pont, un lieu des plus tranquilles. Le soir, on mange au "meilleur restaurant de Thailande". Pour nous, c'est meme le meilleur du tour du monde : crabes, beignets de legumes, salade de fleurs de bananiers, meme un bete curry y est un delice des papilles. Au dessert, beignets de bananes et glace de coco : on vendrait nos meres pour des plats pareils ! A la fin, Guy revele l'astuce : la grand-mere de la cuisiniere officiait pour la famille royale : tout s'explique !

Le lendemain, on charge le pick-up, et en route. Comme il a trop peu plu ces derniers temps, la riviere manque d'eau, et les premiers kilometres sont impraticables. On fait un long trajet sur la piste. C'est assez chouette, car on voit la foret, les montagnes, les zones "cultivees" (grand massacre qui transforme en deserts de vertes vallees), et surtout les gens du coin. La plupart ne sont pas thais, mais d'ethnies diverses venant de Birmanie ou de Chine. Cela se voit physiquement. Beaucoup sont a mobylette, pour aller cueillir des champignons blancs qui poussent sous la terre. Il parait que c'est la bonne annee. On a pu les sentir, mais pas les cuisiner. Pas grave, car sur la riviere, notre guide Chai trouvera des cepes, regal du lendemain !

Il reste encore pas mal de route quand notre chauffeur s'arrete pur discuter avec une femme qui porte un tronc d'arbre, puis il part lui emprunter une hache. 200m plus loin, on comprend la situation : un abre immense est tombe au milieu de la route. Il s'agit d'une espece d'arbre parasite qui nait sur les branches d'un autre arbre, et tend ses racines vers le bas. En grandissant, il ettouffe son hote, qui seche a l'interieur. La fin, c'est quand la foudre frappe, et que le tronc interne brule. Sans support, le parasite tombe. On se dit qu'il ne doute de rien quand notre guide Mike s'attaque a ce geant avec la hache. Apres une demi-heure et plusieurs relais, les deux tiers de l'arbre sont degages, quand la hache casse. Le manche en bois ne tient pas le choc. Aucun probleme : Mike utilise le tranchant pour tailler le manche : hache neuve en 2 minutes. On passe a peine plus tard : l'aventure commence bien !

La descente en rafting est agreable : rochers, jungle, montagnes nous entourent. Les bruits de l'eau et de la foret nous bercent. Pourtant, on ne chome ps, car le debit est trop faible, et on reste bloques plusieurs fois sur les rochers. Heureusement, l'arret cascade nous rafraichit, et on est stupefais de voir Mike pecher les poissons a la main !

Le camp pour passer la nuit est simple, mais plutot joli. Encore une fois, c'est la magie du bambou : il n'a pas du falloir beaucoup plus que masse, scie et couteau pour batir la base. Un grand toit couvre une table immense et la cuisine. D'autres a flanc de colline couvent les couchettes, protegees par des moustiquaires. Il y a meme l'eau courante, amenee du ruisseau par des demi bambous en canaux. Le repas est delicieux : soupe de champignons, riz, legumes, poulet en abondance. Bine repus, on dort comme des bebes, tout juste reveilles par un lever de lune a demi voilee, qui baigne de sa douce clarte la vallee tranquille. Dormir dans la foret, c'est genial, d'autant plus quand la pluie se met a nous bercer, promettant des eaux meilleures pour le lendemain.

Jamais sympa de replonger dans les fringues trempees, mais le petit dejeuner gargantuesque fait passer la pilule. Il y a plus d'eau, le raft glisse mieux. Et puis on a plus de chance : le soleil (qui cogne dur) fait sortir les animaux. On voit des envols de papillons jaunes par dizaines (de papillons et d'envols), des martins pecheurs bleu vif etourdissants, un lezard monitor de 1m50 perche sur sa branche, et meme un python. Enfin les deux derniers, c'est grace a notre guide Chai "oeil de lynx", car il fallait avoir le coup d'oeil. En general, lui qui a ete capitaine de notre canot a ete un guide fantastique. Souriant, enthousiaste, observateur, il avait tant d'anecdotes a raconter que notre canot de 4 francais a presque toujours parle anglais. Autre mopment magique, quand un papiloon noir aux decorations bleues avec une touche de rouge se met a batifoler autour de Magali et moi. Pendant vingt minutes, il ne se lasse pas de boir notre sueur avec sa trompe, et de recracher de petits pipis rigolos. On etait presque tristes de le voir nous quitter.

A l'heure du dejeune, Chai nous fait gouter aux plats des guides, notemment des poissons seches delicieux, dont un poisson chat, et une pate noire etrange, sorte de moutarde epaisse. C'est seulement apres que nous ayons goute qu'il a explique : il s'agit de visceres de poissons marines dix jours et epices. C'est delicieux, mais introuvable en ville ! Le truc essentiel, c'est de le preparer avec des poissons mangeurs de mouches. Seule mesaventure de la journee : Magali s'est cogne la tete au rocher. Heureusement sauvee par son casque, elle a eu mal plus d'une heure. Mais tout est bien qui finit bien, on arrive le soir a Mae Hong Son, creves, mais heureux !

Mae Hong Son est un jolie ville, mais on est trop fatigues pour en profiter. Avec Celine et Karim, on grignote des fritures en entree sur le bord du lac, avant de bequetter dans un boui-boui, puis dodo. Le lendemain en fin de matinee, Magali et moi visitons un temple ou l'on est une fois de plus heureux d'etre a l'abris pour voir tomber des cordes. Le lieu est interessant, car l'architecture a une forte influence birmane : on decouvre ici les toits superposes. Et puis retour a Pai avec un bus local qui peine a passer les cols.

On avait vu les elephants depuis la route en arrivant le premier jour. Cette fois, on est venus pour faire la balade sur leur dos, et on est emerveilles comme des gosses. Tu prends une feuille de bananier, et tu approche en la cachant dans ton dos. L'elephant va t'enlacer de sa trompe pour attraper sa gourmandise. Pour grimper dessus, on pose le pied sur sa trompe, et il nous pousse sur sa tete. La haut, on ne fait pas trop le fier, et on fait peniblement demi tour pour etre dans le sens de la marche. Perches, la sensation est impressionnante. Deja, c'est presque vertigineux, et comme on monte l'animal a cru, on n'est pas tres sereins. Ensuite, on sent bouger la colonne vertebrale de l'animal quand il marche, et on sent une puissance extraordinaire. Cela devait etre quelue chose, les guerriers sur les elephants. Le seul probleme, c'est qu'on n'a pas fait 100m qu'on realise que c'etait une grossse erreur de prende 2h. Guiy nous avit bien dit de prendr une heure, mais il n'avait pas specifiquement insiste. Je n'ai jamais ete assis aussi inconfortablement. La colonne de l'elephant me masse le coccyx, mes jambes sont rop ecartees, bien forcees de se contracter pour m'empecher de tomber. Mouvement a droite, mouvement a gauche, tout le corps doit maintenir l'equilibre. C'est pire encore quand l'elephant descend. Je demande au guide s'il y a un autre moyen de s'installer, mais il ne comprend pas l'anglais. Finalement, on arrive a la riviere, et on joue dans l'eau avec l'elephant. C'est chouette, mais le courant est vraiment trop fort, on n'est pas sereins. Au retour, je suis sur le cou de l'elephant, super confortable pour les 15 dernieres minutes. Au final, si l'elephant est un animal formidable, intelligent, et que le contact passe si facilement, on est decus par la sortie, franchement mal organisee. Il aurait suffi que le guide parle anglais, mais Guy nous apprendra que meme si ca fait dix ans qu'il accueille des touristes, il n'apprend toujours pas l'anglais. C'est juste idiot de sa part. Mais ca ne nous gache pas le reste de la journee, ou l'on file voir une cascade en scooter, avant de rentrer a Chiang Mai, en minibus climatise cette fois.

samedi 10 juillet 2010

Il faut que Chiang Mai et t'aille

Il est 7h du matin quand Nicolas et sa compagne Phanida viennent nous chercher a la gare routiere de Chiang Mai. Nouos venons de faire quasiment 24h de bus en deux trajets, et nous sommes contents d'etablir nos quartiers chez lui. Nicolas est un ami de mon pere. Quand il avait 20 ans, il a pris son velo et sa chienne Peneloppe, et a quitte la France, traverse la Turquie, l'Iran, le Pakistan, l'Inde, pour finalement s'etablir en Thailande avec une jeune et jolie chinoise, avoir des enfants et monter une usien de bijouterie. Trente ans plus tard, par un matin ou la chaleur ne nous ettouffe pas encore, il conduit la Mercedes en nous emmenant dejeuner. Il a le sourire radieux des thailandais, et nous parle du bouddhisme, de la conception de l'amitie differente en France et en Thailande, de la faculte des thailandais a se prendre en charge eux-meme (on aime beaucoup l'histoire des banquiers qui vendaient des legumes dans le coffre de leur Mercedes pendant la crise de 97).

A peine le temps de poser nos baggages que nous rencontrons Mady. C'est une amie qui a passe pres d'un mois chez Nicolas et qui va rentrer en France dans deux jours. Elle pourrait etre notre grand-mere, elle parle tout le temps, et c'est tant mieux parce qu'elle aussi est un personnage romanesque. Plus jeune, elle a ete la premiere femme occidentale a aller chez les Kelabits, une tribu de la jungle de Borneo, ou elle est devenue fille adoptive du chef Raja Maran, ce qui lui vaut le delicat sobriquet un brin moqueur de "princesse de Borneo". Amoureuse de l'Asie, elle raconte l'epoque ou les cambodgiens cueillaient les poissons dans les arbres : si, si, il etait courant que ceux-ci restent coinces dans les branches lors de la decrue du Mekong. Comme elle a ecrit des livres, Magali a voulu faire une interview pour son blog pro, mais pas moyen : la discussion part dans tous les sens, et puis un article, ce serait vraiment trop court : Mady est tout un poeme !
Nous, les petits jeunes, on loue un scooter et on emprunte des masques a Nicolas pour nous proteger de la pollution, et on va voir la zone artisanale. On decouvre tout le processus de fabrication des ombrelles. Il suffit de bambou, et d'une autre plante, le saa pour faire le papier, et puis il faut le bon coup de main pour chacune des etapes de fabrication. Le plus technique, c'est la decoupe des baleines : on est bluffes par cette femme qui avec un couteau et une perceuse manuelle transforme un bambou en une douzaine de baleines. D'une maniere generale, je suis impressionne par la position, et l'usage que ces femmes font de leur corps pour travailler : l'une tient le couteau avec le genou, l'autre une ficelle avec les orteils... On decouvre aussi el travail de la soire, des bijoux, et on achete quelques cadeaux.
Le lendemain, on monte au Doi Suthep, un temple qui domine la ville depuis la montagne. On a de la chance, c'est la fin de l'annee scolaire, et tous les etudiants de la ville, des milliers, montent la haut pour l'occasion. Ils sont a pied, nous en scooter, donc on arrive les premiers et on peut profiter des lieux tranquillement. A la redescente par contre, ce sera un bain de foule. Doi Suthep est l'un des premiers temples bouddhistes que l'on voit en Thailande. On est emerveilles. Des dragons servent de rembarde aux escaliers, d'autres de gouttieres le long des toits. Il y a des dorures et verreries de partout. A l'interieur, les fideles brulent de l'encens, des bougies, et prient en tenant des fleurs de lotus. Il y a aussi une serie de bouddhas dans des positions differents, un pour chaque jour de la semaine. Le mercredi etant le jour saint du bouddhisme, le bouddha de ce jour la est couche : station la plus proche du nirvana !
Encore 5km sur les lacets de la jolie route de montagne, et nous voila a la residence royale de Chiang Mai, celebre pour ses jardins magnifiques. La roseraie est fabuleuse, tres odorante. Les parterres de fleur sont somptueux. On decouvre aussi un tres intime jardin des fougeres. Il faut dire que sous ces latituds, il y a une bonne demi-douzaine de varietes differentes : certaines semblables aux notres, d'autres comme des arbres, ou bine des grandes palmes seules. D'autres encore adherent aux troncs des arbres. Dans un coin, un vivarium contient une grenouille enorme de 20cm. Plus loin, des bambous geants de 30m de haut, admirez avec Magali qui donne l'echelle ! Le lieu est un veritable jardin d'Eden, d'autant plus qu'en altitude et sans soleil, on est trop heureux d'avoir (presque) froid !
De retour a Chiang Mai, on passe visiter un temple. On le fera presque a chaque fois qu'on passe dans le centre ville : visiter un temple au hasard. La ville en compte environ 400. Nicolas appelle cela le "bouddhisme kitsch", expression bien trouvee. Il y a une multitude de bouddhas d'or, des toits elances, des pagodes decorees de toutes le couleurs, d'autres soutenues par des elephants. Des centaines de dragons gardent les lieux, sans compter les sculptures de personnages etranges mi-homme, mi-oiseau. C'est splendide au debut, et puis on s'habitue.
Un temple qui detone, c'est le temple blanc de Chiang Rai. Nicolas nous y emmene dimanche : sortie familiale avec Niki, son fils de 4 ans, Phanida et la nounou. La route est longue, mais belle, et surtout le jeu en vaut la chandelle. Ce temple blanc est un lieu extraordinaire. Il est en cours de construction, dessine et finance par un artiste thai dont j'ai evidemment oublie le nom (Nicolas m'informe que c'est Chalermchai Kositpipat !) Il a trouve un style tout a fait particulier, et utilise de la peinture blanche et des petits morceaux de miroir pour faire briller les lieux. Le batiment est entoure d'eau, ou nagent des poissons noirs et des poissons blancs. Apres un parterre de mains tendues vers le ciel, on passe un pont garde par deux combattants a corps de dragon pour acceder au temple proprement dit. Depuis la passerelle, on domine des sculptures de creatures extraordinaires : tortues ailees, elephants volants, dragons... Une fois a l'interieur, on fait face a un moine en meditation et a trois bouddhas. Derriere eux, un mur peint de bouddhas sur des nuages. La fresque de droite n'est pas encore peinte, mais a gauche, on voit des gens sur des nuages se dirigeant vers les bouddhas. On se retourne, et on decouvre qu'ils proviennent d'un immense diable peint sur le mur du fond. Dans les pupilles de ce demon au visage long de 5m brillent les portraits de Ben Laden et George Bush. Sortent de sa bouche des tentacules qui se transforment en monstres et cites. Il y a meme les tours du World Trade Center et plein de superheros (Superman, Batman, Spiderman...) Un peu louffoque, mais on croit comprendre que c'est vers bouddha que s'apaisera la grande lutte du bien contre le mal. Le lieu parfait pour laisser passer l'orage ! On prevoit de revenir dans quelques annees pour voir l'avancee des travaux.
Le jour suivant, on decide d'aller au bureau de l'immigration de Chiang Mai pour faire prolonmger nos visas. Les voyageurs entrant en Thailande par avion beneficient systematiquement de 30 jours, mais etant arrives par voie de terre, nous disposons seulement de deux semaines. Sur place, on decouvre que l'on ne peut prolonger que d'une semaine (insuffisant) et que cela coute 1900 baths (environ 50 euros) par personne. La combine, c'est de passer la frontiere birmane a Mae Sai. Rebelote sur la meme route que la veille. On aura la chance d'apercevoir le temple blanc depuis le bus, maigre consolation pour 4h de trajet. La ville frontiere a au moins le merite d'etre jolie, peut etre parce qu'on arrive dans le belle lumiere du soir. Il parait que le marche cote birman est tres sympa, mais comme il reste a peine une heure avant que la frontiere ferme pour la nuit, on ne fait pas de chichis, et on se contente de sortir de Thailande, traverser le pont, faire tamponner nos passeports avec les cachets birmans, moyennant 500 baths (environ 13 euros) chacun, puis de rentrer en Thailande tout sourire par voie de terre. Notre "nouveau" visa est valide 15 jours, c'est a dire jusqu'au 12 juillet. Ideal, car notre avion part le 11. Il est trop tard, plus de bus pour Chiang Mai. C'est donc dans un hotel a Chiang Rai que je me leve la nuit pour voir le shollandais eliminer un Bresil en mal d'inventivite. J'aime la coupe du monde, mais les matchs entre 1h30 et 3h du matin, c'est pas genial. Leves a 5h30, on dort dans le bus et on arrive a 10h. Juste le temps de croiser Nicolas et a 13h, son ami Guy vient nous chercher pour aller a Pai, petite ville de montagne.

My name is Bond : Djamessebonde !

Matin de depart, nous quittons les iles Perhentiennes. A cote du ponton, un bateau de pecheur git, a moitie rempli de mer, comme eclope apres la tempete de la nuit. La pluie nocturne a vide le ciel de son eau, et la lumiere du soleil, maintenant, en parait presque bleue. Nous ne parlons pas, la melancolie de quitter les iles et les amis nous berce en meme temps que le bateau qui nous ramene sur le continent.

Nous marchons d'abord jusqu'a la poste, deroutes de ressentir un depaysement autre que celui des iles, qui n'etaient finalement pas tres malaisiennes, hormis quelques locaux en week-end, dont les femmes se baignent voilees et tout habillees. Apres avoir timbre nos cartes postales, nous prenons un bus, puis un deuxieme, qui doit nous deposer a la frontiere thailandaise. Ensommeilles, nous nous endormons profondement au fond du bus. Au bout d'un moment, je me reveille en sursaut avec une impression bizarre, presque desagreable. Comme si quelque chose ne tournait pas rond. Le temps de cligner des yeux pour les reajuster a leurs orbites, et je realise que le bus est a l'arret, et qu'une dizaine de regards interrogateurs sont poses sur nous. "Thai border?", je fais au chauffeur, qui acquiesce. J'extirpe Jeremie de ses reves et nous descendons d'un pas maladroit, riant avec les passagers du bus.

Nous passons la frontiere, c'est-a-dire le pont, comme des fleurs (meme si je doute qu'une fleur ait jamais eu a passer une frontiere) et nous voici en Thailande. Pour changer nos derniers ringits malaisiens en baths thailandais, on nous indique un entrepot poussiereux, plonge dans la penombre. Un vieux Chinois, surveille de pres par son dragon d'epouse, opere la transaction a un bon taux. Nous voila pares pour reprendre un nouveau bus. A peine la Malaisie quittee, l'ambiance change. Meme si le Sud de la Thailande est a majorite musulmane, on voit beaucoup moins de femmes voilees, et le short reapparait. L'ecriture, ici, n'utilise pas l'alphabet latin, mais une sorte de vermicel totalement illisible pour nous, d'autant que les mots ne sont pas dissocies les uns des autres, et que la ponctuation n'existe pas ! Heureusement, les chiffres sont les memes que chez nous, ce qui sert au moins a lire les prix ; quant aux dates, il faut faire attention, les Thailandais utilisent volontiers le calendrier bouddhiste (religion officielle dans le pays), qui nous situe en 2554 !

Autre changement marquant : le roi est partout. Pas en personne bien sur, mis il figure sur les pieces et billets de banque, sa photo est accrochee dans la moindre echoppe et, au-dessus des routes, des portiques dores (qui souhaitent souvent "Bon voyage" en francais) encadrent son portrait ou celui de son epouse. Il a plus de 80 ans et un joli strabisme divergeant, mais eprsonne n'en parle, car le respect pour la famille royale est sacre. Le monarque renvoie l'image d'une personne cultivee, qui aime les jardins, fait de la photographie et compose des airs de blues. Pourtant, la rumeur chuchote qu'il aurait fait assassiner son frere, mort dans des circonstances mysterieuses au moment de son accession au trone... Alors, despote ou souverain eclaire ? Difficile de savoir.

Bref. Quant a nous, nous poursuivons notre route vers le nord sans encombre, malgre les nombreux barrages militaires qui nous arretent parfois. Il faut dire que la region a des velleites separatistes, qui ont ete exprimees par des attentats a la bombe il y a 4 ou 5 ans... Nous arrivons a Hat Yai juste a temps pour prendre une chambre d'hotel et allumer la tele pour le premier match de la soiree. Cette nuit, le reveil sonnera a 1h30 et nos yeux endormis verront la defaite honteuse des Bleus face aux Mexicains. On aurait mieux fait de dormir !

Heureusement, nous rattrapons notre retard de sommeil le lendemain, dans un enieme bus qui, cette fois, nous amene a Phang Nga, sur la cote ouest. Apres une soiree tranquille et une nuit entrecoupee de foot, nous nous reveillons tot, pour partir visiter la baie. Deux Allemands nous accompagnent, sympas, mais lui a plus souvent le nez derriere son appareil-photo que dans la bonne brise marine ! Notre guide ne parle pas anglais, alors on se contentera qu'il manoeuvre la barque a moteur, dont la proue est ornee de tissus colores en signe de bonne fortune. La balade commence entre des mangroves dont la maree basse decouvre largement les racines anguleuses. On apercoit quelques oiseaux, mais les petarades du moteur ne facilitent pas l'observation animaliere. De toute facon, nous sommes venus ici pour les paysages. La baie de Phang Nga est ponctuee d'enormes rochers couverts de vegetation, comme des bouts de falaises abruptes tombes de nulle part. L'un ressemble a un ballon de foot (Coupe du Monde oblige !), l'autre a une tortue, un autre encore a un chien couche. Passer entre ces iles completement sauvages est un moment magique. Le bateau se glisse sous une grotte, longe une plage ou courent des singes mangeurs de crabes, passe sous une voute ornee de peintures prehistoriques magnifiques. Le guide nous depose sur une plage minuscule ou une echelle donne acces a une grotte. Le calme n'est rompu que par les voix d'une poignee de visiteurs et les sifflements agacants des moustiques. Quand on eclaire les parois, elles scintillent. Au plafond, deux chauve-souris essaient de dormir. Un tres beau moment. On regrette juste de remarquer quelques colonnes et stalactites brisees par les passages quotidiens.


Apres le pique-nique et la baignade express dans une eau troublee par la saison des pluies, le bateau nous emmene vers le clou de la visite : la James Bond (prononcez Djamessebonde) Island. Car l'agent 007 est bien passe par la dans les annees 1970, a la poursuite de l'homme aux pistolets d'or ! L'ile sur laquelle on accoste a ete amenagee avec des escaliers contournant l'enorme rocher qui la surplombe. L'endroit est joli, quoique gate par la presence d'un "marche" (alias Merdouilleland), mais l'on y vient surtout pour prendre LA photo culte : un ilot de quelques dizaines de metres de haut, qui ressemble a un oeuf que l'on aurait pose en equilibre sur la mer, tete en bas. Spectacle immobile fascinant ! Du coup, Jeremie et moi sommes presque impatients de retrouver un lecteur DVD pour voir ce bon vieux Djamesse en action sur les lieux. Mais nous ne nous plaignons pas, notre vie en ce moment est tout aussi passionnante que celle de 007, et bien moins dangereuse !



L'excursion se termine sur une note un peu moins joyeuse, la visite d'un village de pecheurs sur pilotis. Ses habitants, souvent surnommes "nomades de la mer", decorent leurs rues en planches de plantes et cages a oiseaux siffleurs. Leurs poulaillers sont construits au-dessus de l'eau eux aussi, ce qui peut etre fatal aux poussins turbulents. On croise un chat qui a attrape un lezard, des enfants sur leur petit velo, des femmes ouvrant au couteau des dizaines de moules, des hommes reparant un plancher, des adolescents en train d'apprendre le Coran derriere la mosquee. Jusque-la, tout semble romantique a souhait. En fait, nous sommes tres mal a l'aise de voir a quel point les passages quotidiens de touristes rendent les regards fuyants et peu amicaux. A l'entree du village, des boutiques vendent des souvenirs, mais ensuite, on a l'impression de s'immiscer dans la vie intime des gens, d'autant que les rues sont tres etroites. Nous faisons rapidement demi-tour pour rejoindre l'embarcadere. Finalement, ca aura ete le seul gros bemol de la journee. Demain, nous aurons 24 heures de bus jusqu'a Chiang Mai, tout au nord du pays, pour repenser a cette baie extraordinaire.