lundi 17 mai 2010

Java bien, et vous ?

L'ile de Bali est separee de celle de Java par un petit detroit. Le ferry met une demi-heure a traverser. En face, de gros nuages noirs couvrent Java, et la lumiere du soleil se reflete dans l'eau par dessus : contrastes saisissants. Apres 5 heures de bus pour traverser l'ile de Bali d'Est en Ouest, nous aprecions la tranquilite du bateau. A l'arrivee, on trouve un hotel avec une immense piscine, et on se delasse tranquilement. Nous sommes probablement les seuls touristes a passer dans la region sans faire d'excursion au volcan Kawah Ijen ou Bromo. Pour nous convaincre, un guide local nous a meme dit que Nicolas Hulot y avait ete. On s'est marre. Nous, on en avait mare des spots touristqiues, et puis dix jours bien remplis a Bali, ca fatigue, on n'avait pas envie de se lever a 4h du matin. Il faut partir tot, car sur Java,il fait generalement beau le matin, et puis les nuages s'accumulent, d'abord sur les hauteurs, avant d'eclater en orage et pluies en fin d'apres-midi.
Ayant rate d'une demi-heure le train pour Surabaya, on prend nos billets pour Probolinggo. On voyage en 3eme classe, le train est peu rempli. Les gens du coin nous sourient. Ils sont surpris de nous trouver ici. Ceux qui parlent anglais tapent la causette. Dehors, on voit defiler, tres lentement, les petits villages. Les jeunes enfants font coucou au train. Beaucoup de gens travaillent dans les rizieres. On voit aussi des cultures de bananes, papayes et cafe. Dans la foret, d'immenses arbres en fleur m'evoquent les chataigners d'Ardeche. La partie Est de Java est une region visiblement peu developpee, ou il semble bon vivre. Le soir dans les rivieres, beaucoup de gens, adultes et enfants, se lavent. Courte excale a Probolinggo, ville provinciale musulmane, avec une jolie mosquee.
On repart pour Surabaya, toujours en train, toujours en 3eme classe, mais cette fois, les wagons sont bondes. On fait la plupart du trajet assis sur nos sacs, dans le couloir, a tchatcher avec nos voisins sympathiques. Le grand-pere est un rigolo, prof d'anglais a l'ecole. En permanence defilent les vendeurs : de cafe chaud, de boissons fraiches, de riz au poulet, de bananes, de mais, de specialites inconnues... On les entend crier "nasi nasi, makan nasi", c'est-a-dire "le riz, le riz, manger le riz". Une boisson sucree que l'on n'a pas goute s'appelle "ale", et c'est tres drole d'entendre le vendeur deambuler : "allez, allez, allez" ! Il y a aussi les vendeurs de bricoles : ils posent leurs produits sur les genoux, les tablettes, les sacs, et annoncent le prix, puis ils refont le tour du wagon pour recuperer les produits ou les sous. On a achete un kit de 12 stylos comme ca, mais ils vendent aussi des ustensiles de massage, des portefeuilles, des livres, des autocollants, des jouets pour enfants... On a meme vu un vendeur de machines a coudre portatives : ca ressemble a une agraffeuse, mais ca pemet de refaire un ourlet en deux temps, trois mouvements. Derniere categorie a deambuler dans les allees : les mendiants. Comme partout, il y a des musiciens, dont la strategie consiste la plupart du temps a nous casser les oreilles jusqu'a ce qu'on mette une piece. Il y a les aveugles, qui souvent recitent des prieres. Il y a aussi les handicapes : on a vu passer un homme ampute des deux mains et des deux pieds. Enfin il y a les balayeurs qui nettoient le train (jeureusement !) et qui demandent quelques pieces pour la peine. Une drole d'economie le long de la ligne donc, et nous avons ete impressiones de voir a quel point les gens donnent pour les mendiants. C'est vrai qu'il s'git d'un des piliers de l'islam.Arrives a Surabaya, on realise que la ville est immense (en fait, c'est la deuxieme du pays apres Jakarta) et on vewut filer vers Nganjuk. On apprend que notre train y va, mais on doit courir acheter les billets pendant l'arret. Un jeune indonesien m'aide. Un peu de stress, mais il y aavait largement le temps. De Nganjuk, on prend un bemo pour Sawahan, ou l'on s'installe a l'unique hotel du village, ou personne ne parle anglais. On avait repere les lieux sur la carte, et on a eu du flair. C'est dans la montagne en hauteur, donc il fait bon, et la region est productrice de...roses. Le village est magnifique, et les rizieres sont bordees de rosiers. Les gens sont stupefaits de nosu voir la. Tant de sourires, tant de rires, sans presque rien comprnendre : notre indonesioen ne depasse pas "bonjour, merci, a la prochaine". On se balade le long d'un canal qui aliment les rizieres. On voit des papillons extraordinaires, encore plus varies qu'a la serre de San Jose. L'un d'eux est noir avec des taches blanches, dont on peut voir les bords s'iriser de violet quand il se pose. Un autre immense a du bleu azur au bas de ses ailes noires, mais le plus incroyable, c'est un papillon arc-en-ciel irise, tachete de points noirs ! Le lendemain au petit matin : rebelote, a la fraiche cette fois, direction la cascade. Tot le matin, on voit la cueillette des boutons de rose, qui sont emmenes a la ville en scooter, apres avoire te rassembles au centre du village. Un autre village plus haut est embaume d'une etrange odeur : des plantes que nous n'identifions pas sechent le long des routes. Apres 3h de marche sur 8km qui montent raide, on arrive a la cascade. Elle est incroyablement haute et fine. L'eau est glacee, et a l'ombre des falaises, on a presque froid. On s'assied pour boire un Sprite, et on est envahis par un groupe d'une quinzaine de jeunes hommes qui veulent se prendre en photo avec nous : c'est drole, on est comme des stars !L'etape suivante, c'est la ville de Yogyakarta, alias Yogya, pour les intimes. On realise que nous sommes exactement a mi-parcours : sept mois deja que nous voyageons, et encore sept mois pour rentrer courant decembre. Cette journee de mi-parcours est une vraie belle journee de voyage, ou nous nous laissons guider par les evenements. On part a pied pour le palais du sultan. En y arrivant, on rendontre un jeune enseignant de Sumatra : il a appris le francais a l'alliance francaise, et veut pratiquer. Apres nosua voir fait rever de son immense ile, il nous conseille un "batik art center", endroit ou l'on peut voir le travail du batik. En chemin, nouvelle rencontre qui nous mene au lieu que nous cherchons, au fond d'une etroite ruelle. On croyait que "batik" designait une technique de teinte de tissus (c'est vrai) et on pensait acheter une chemise (c'est naif). En fait, c'est presque de la peinture sur soie, a la difference que le tissu est compose de soie et coton. On nous explique les techniques de teinte, puis on part regarder les toiles des maitres et des eleves. C'est la troisieme toile qui nous a interpelle. Sur un fond jaune d'or, elle figure abstraitement (admirez l'oxymore) une ile volcanique, pres de laquelle reposent trois barques. Elle a ete peinte par le maitre des maitres du lieu. C'est drole : on ne pensait rien acheter, et puis quand on l'a vue, toutes les autres nous ont parues ternes. On a depense 750000 roupies, mais c'est le plus beau souvenir de notre voyage, et de loin. Vous verrez quand vous viendrez nous voir a la maison !
La suite de la journee fut tout autant magique : On a rencontre un autre vendeur de batiks, qui nous a fait visiter le quartier du palais du sultan. Autour du palais, il y a avait de nombreux jardins, et des pavillons de repos du sultan. Aujourd'hui, la ville a envahi les lieux, et un quartier anarchique s'etale la ou il y avait un lac. On visite une ancienne mosquee circulaire sur deux etages, noyee entre des maisons, alors qu'elle etait entierement entouree d'eau au siecle dernier. Plus loin, du linge seche entre deux tourelles d'autant. Notre hote nous emmene chez un fabriquant de marionettes pour le theatre d'ombre. On voit un artisan travailler, et un autre nous explique la signification des ornements du personnage : Visnu. Sur sa tete une couronne, au bas de laquelle un monstre surveille les arrieres pour effrayer les traitres. Dans le dos, l'arbre de la balance des forces bonnes et mauvaises forme une aile. Quant au bassin, il est delicatement equilibre, symbolisant la puissance des reflexes. Aux bras et aux jambes, des dragons apportent la puissance necessaire a l'action. Un art de vivre de ces marionettes, ciselees dans du cuir de vache, puis peintes. La fabrication necessite plus d'une semaine, et son art se transmet de pere en fils.; Septieme generation pour notre interlocuteur, adorable. En rentrant vers notre hotel, encore une rencontre, d'un jeune homme qui realise des films pour une ONG ecolo. Un job parfois perilleux, mais vraiment passionnant. Ajoutez a cette matinee deux bons repas et une bonne sieste pendant l'apres-midi pluvieux, et voila une tres bonne journee de voyage.
Celle qui suit est pas mal non plus. On loue un scooter pour aller au temple de Borobudur. Depart a 4h30, en esperant voir le lever du soleil. Finalement, il fait gris, mais ce n'est pas pour nous deplaire : on evite la chaleur etouffante du sleil. Le type a qui nous avons loue le scooter m'a prete une carte d'etudiant perimee, qui nous fait economiser 80000 roupies, soit plus que les 50000 de location du vehicule. Heureusement, car le billet d'entree est cher : 15 $us pour les adultes, 7$us pour les etudiants. Pour autant, le site vaut le detour : c'est une immense pyramide boudhiste, recouverte de bas-reliefs, statues de Boudha et de petits domes a pointe au sommet. La silhouette du batiment ressemble a une courbe fractale. Pour la visite, il y a sept niveaux, et l'on fait le tour de chacun d'eux dans le sens des aiguilles d'une montre. Le plus bas, le plus long, ce sont des bas reliefs illustrants le mahabarata et le ramayana. Scenes de combats, de voyages, de rencontres... Des rois, des guerriers, des dieux, des ascetes, des danseuses, des traitres, des hommes a corps d'oiseaux... Il y a de tous les personnages, souvent a la cour, parfois a l'exterieur, voire meme a dos d'elephant. D'aillerus le bestiaire est phenomenal : lions, serpents, tigres, dragons, souris, chevres, perroquets, singes et on en oublie plein. Plus haut, les scenes se font plus religieuses, avec des boudhas de partout. Apres les 4 premiers niveaux bardes de bas reliefs, on arrive aux 3 niveaux superieurs. On y trouve des statues de Boudha sous des "cloches" de pierre. Le lieu est fabuleux, mais insupportable tant des hordes de touristes y sont presentes. Enormement de groupes scolaires, qui montent directement au sommet et se prennent en photo sous toutes les configurations possibles. Pire, ils veulent tous se faire prendre en photo avec nous. C'est flatteur et sympa au debut, mais vite usant, et puis avec toute cette agitation, impossible d'aprecier ce lieu saint avec le moindre recuillement. On repart un peu decus.A scooter toujours, on visite un petit cimetiere a flanc de colline au dessus des rizieres. L'amenagement est surprenant : les tombes sont placees dans de petits amphitheatres creuses dans la pente. Il fait chaud, mais le lieu est calme, et magnifique. Apres avoir mange un bakso (soupe aux boulettes de viandes) au bord de la route, on file au temple hindou de Pranbanan. Beaucoup moins bonde, le lieu nous a encore plus plu. L'esplanade principale contient 6 temples: 3 a l'Ouest dedies aux dieux : Visnu au Nord, Siva au centre et Brahma au Sud, et 3 a l'Est dedies a leurs vehicules, c'est a dire l'animal qui les transporte : l'aigle Garuda pour Visnu, une vache pour Siva, et un cygne pour Brahma. La statue de Garuda n'est plus dans l'antre du temple, mais on y sent une forte enrgie. La vache de Siva attend toujours dans sa penombre. La pluie se met a tomber, l'orage eclate. Dans son temple a l'interieur grand comme une chambre, Brahma nous regarde de ses trois visages. L'encens qui fume embaume l'air. Etrange sensation que de faire face a un dieu... Plus loin, c'est Visnu qui nous accueille. Cette visite sous la pluie...
Et puis le retour en scooter, sous des trombes d'eau. L'atmosphere de pluie tropicale est certes un peu genante, mais delicieusement agreable. Plus qu'une journee de train, en deuxieme classe cette fois, et nous voila a Jakarta, capitale de l'Indonesie.

3 commentaires:

  1. volàj'ai rattrapé tout mon retard mais du coup je suis frustrée que ce soit fini!!

    Je vous ai mis des commentaires un peu partout!

    moitié du voyage? c'est vrai et pourtant j'ai l'impression que vous êtes parties depuisd es lustres!!

    J'ai hâte de voir votre coup de coeur de tisus! Mais dites moi je viendrais le voir chez vous avec plaisir mais ce chez vous il sera où?!!

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  2. voila je suis en manque!! Que vais je faire durant ma longue soirée de printemps avec rien à lire?? je pleure de me voir si triste en ce miroir!

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  3. C'est vraiment genial tout ce que vous me faites vivre. J'ai toujours hate de vous lire; bravo pour votre franchise, vos remarques, des criptions, photos... Bisous à tous les deux

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