lundi 20 septembre 2010

On s'etonne de Stone Town

On prend le ferry Dar Es Salaam-Zanzibar a midi. Le ticket coute 20 $us par personne. Bizarre, le prix en dollars pour les etrangers, presque le triple des 12000 shillings que payent les tanzaniens. D'ailleurs ce sera pire au retour, parce que le ferry principal ne revient sur le continent que de nuit, et que pour rentrer de jour nous prendrons un ferry express au prix de 35 $us (ou plutot 56000 shillings d'une conversion que l'on ne peut considerer que malhonnete) contre 15000 shillings pour les locaux. C'est un peu l'aperitif de la realite de Zanzibar (et en fait d'une bonne partie de la Tanzanie) et d'un fosse impossible a combler entre pauvrete crue des habitants et tourisme chic, voire choc. Mais chaque chose en son temps, commencons par descendre le plan incline trop raide et un peu glissant pour atteindre l'embarcadere, decouvrons le salon vip et ses fauteuils en cuir use, tres accueillants mais malheureusement a l'interieur, et decidons finalement de nous installer sur le pont superieur; ca tombe bien, il reste deux places pres des balustrades. On admire le spectacle pendant les trois heures de trajet.

D'abord quitter Dar Es Salaam, sa cathedrale allemande, son petit ferry qui relie les 2 extremites du port, ses boutres de pecheurs tires sur la plage, ses bancs de sable au large, et ses petroliers et porte-containers. La mer est un peu agitee, on est secoues, Magali a un leger mal de mer. Pour un de ses projets d'ecriture, je m'amuse a prendre en photo les gens qui dorment. Cela amuse nos voisins, qui se prennent au jeu et m'indiquent les dormeurs photogeniques. Prendre en photo les gens eveilles est plus dlicat. Seul a preter son sourire : Blacky, un rasta radieux avec qui la discussion est difficile -il ne parle pas trois mots d'anglais, mais la comprehension totale : on se tape dans les mains sans arret. Lui, il est DJ sur une des plages de l'ile. On rgarde les poissons volants. On a meme vu un thon (enfin on pense) sauter deux bons metres au dessus de l'eau. La cote de l'ile apparait enfin sur l'horizon. On double une petite ile affublee d'un clocher. Il s'agit d'un ancien penitencier.

Enfin, c'est la ville de Stone Town, et ses maisons et palaces merveilleux. Goddbye Blacky, on descend lentement le bateau qui est evacue par une seule porte large de 80cm (ingenieux ingenieur !) et on se retrouve...a la douane ! En effet, l'ile de Zanzibar fait bien partie de la Tanzanie (qu'elle a formee en rejoignant l'ancien Tanganyika) mais dispose toujours d'un Gouvernement Revolutionnaire (!) et on a droit a un tampon cadeau bonus dans notre passeport. Preuve que ce n'est pas trers serieux, ils ne tamponneront pas la sortie, car nous arriverons aux dernieres minutes avant le depart.

Une fois arrives, c'est simple, la ville de Stone Town est fabuleuse ! C'est un labyrinthe de petites ruelles, entoure par trois rues carrossables. Le jeu, c'est de se promener au hasard, de se perdre, et de se rperdre encore. On admire les immanquables portes massives en bois sculpte, les inombrables petites mosquees, et surtout les gens qui passent, tellement bien habilles, tellement beaux. Nous avons la chance d'etre present le jour de l'Eid, qui fete la fin du jeun du ramadan. La plupart des boutiques sont fermees, mais tout le monde est sur son 31. Les hommes portent leur plus belle djelaba, avec le couvre-chef traditionnel sur la tete. Les femmes sont drapees dans leur kangas, longs morceaux de tissus colores. Les petites filles sont vetues de robes satinees a frou-frou. C'est aussi un jour ou les femmes se font des peintures au henne sur les mains.

On visite le musee national de Zanzibar, affuble du sobriquet merite de "House of Wonders". Le batiment, ancien palais du sultan, est magnifique, grand et imposant, sur trois niveaux, avec des balcons immenses d'ou l'on domine la ville. L'interieur est un grand espace ou trone un boutre, c'est a dire un voilier traditionnel. Celui ce a ete bati en Oman dans les annees 90, et a navigue jusqu'en Chine, facon de verifier que la technologie d'antan pouvait en effet tenir le coup. La specificite, c'est que c'est un vaisseau construit sans utiliser le moindre clou (une superstition voulait que des volcans sous-marin au magnetisme puissant fasse sortir les morceaux de metal de leur place !). Pour attacher les planches ensemble, des trous sont perces, qui permettent de les nouer avec de la corde. Croyez le ou pas, ca marche, ou plutot ca flotte.

On a aussi decouvert plein d'infos sur le commerce dans l'Ocean Indien, florissant jusqu'au XXeme siecle, ou il a periclite au moment ou les arabes l'ont abandonne pour s'asseoir sur leurs puits de petrole. Il y a aussi une jolie section historique, ou des facades d'origines arabes et indiennes sont reconstituees. On a la fierte d'avoir la confirmation que comme on le pensait, les fioritures en bois sculpte sous les toits viennent bien d'Asie. On les avait vus en Himachal Pradesh (Inde), et ausi dans la region thailandaise frontaliere de la Birmanie. Ici, elles sont attribuees aux influences du Gujarat, a l'Ouest de l'Inde. Petite fierte du globe-trotter de reconnaitre ces details. En general, Zanzibar est un lieu de metissage culturel intensif. L'ile a ete portugaise, puis arabe, puis anglaise, puis le sultan a voulu s'abstraire de la tutelle anglaise. Il a ete rappele a l'ordre par la plus courte des guerres : 45 minutes ont suffi aux britanniques pour bombarder son palais, avant qu'il accepte leur domination sans plus de conflit.

Tres apreciable enfin, des panneaux sur la situation immobiliere actuelle de Stone Town. De nombreuses maisons sont possession du gouvernement (le tiers de la ville), et louees a des habitants qui n'ont ni les moyens ni l'interet de les entretenir. Du coup, les effondrements sont frequents, et la ville risque d'etre rasee a moyen terme. Qui pour financer des rehabilitations ? Faire de la ville une destination uniquement touristique serait dommage, et est-ce meme possible ? A contrario, les habitants locaux, qui font la vie de la cite, n'ont pas les moyens de reparer. Pas simple de savoir ce qu'il adviendra de ce que nous considerons comme la plus belle ville de l'Ocean Indien.
En fin de journee, Lais Mayoni, un jeune massai qui travaille a la securite d'un des hotels chics de la ville offre a Magali sac-a-main et portefeuille assortis, en rafia borde de tissus violets. Ce cadeau nous va droit au coeur. On avait rencontre Lais la veille, a peine arrives, ou j'avais fait une photo de lui au telephone (le potable contratse avec le vetement traditionnel) et on l'avait croise plusieurs fois depuis. C'est sur la place entre le bord de mer et la "maison des merveilles" que la soiree de l'Eid prend son effervescence. Il y a un monde incroyable. Des familles font la queu par dizaine pour le jardin des toboggans pour enfants. Tout le monde rest radieux. On se dirige bien sur vers les stands, ou on mage une crepe banane-chocolat (etrangement appelle "pizza"), une banane plantin, et meme une brochette de homard. On retrouve Jan, un jeune hollandais qui loge a notre hotel, rencontre au petit-dejeuner. Il travaille a Mwanza, au bord du lac Victoria, pour une ONG. Sa mision est d'apprendre aux habitants a reparer (ou faire reparer si c'est trop difficile) les pompes a eau.
Un peu plus tard, nous sommes rejoints par Lais Mayoni et son ami Lema, un autre massai un peu plus age. On passe la soiree a discuter tous les cinq. Ils nous expliquent la vie des massais, et par exemple la ceremonie de la circoncision des jeunes garcons qui deviennent des hommes. Les femmes n'y assistent pas, mais la ceremonie est publique pour les hommes. La regle est de ne pas reagir au moment de l'operation, sans anesthesie bien sur, sans quoi l'on subirait des moqueries toute sa vie. Ensuite commence la vie d'adulte. Pour un jeune homme massai, il y a quatre regles par ordre d'importance. Premierement, defendre le village en partant a la guerre s'il le faut. Deuxiemement, marcher aussi loin que necessaire pour chercher a boire et a manger. Troisiemement proteger le betail contre les betes sauvages (le frere de Lema a deja tue trois lions), les maladies, les intemperies...Enfin, quatriemement, voler du betail aux tribus voisines. Pratique qui nous fait beaucoup rigoler, mais n'est plus en usage d'apres Lema.
On finit la soiree chez "babu" (grand-pere en kiswahili), un homme pas si age qui sert du the au gingembre et du cafe autour d'une table sous les remparts du fort. On rentre dans la nuit, raccompagnes par nos deux guerriers massais, qui m'evoquent immanquablement les jedis de Star Wars. D'ailleurs, les massais sont souvent engages pour faire la securite en Tanzanie, car tout le monde sait qu'ils n'hesiteront pas a tuer s'il le faut ! Notre journee a Stone Town aura sans doute ete une des plus belles du voyage.

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